20 mai 1855

« 20 mai 1855 » [source : BnF, Mss, NAF 16376, f. 213-214], transcr. Magali Vaugier, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7081, page consultée le 24 janvier 2026.

Je serais femme à me trouver très heureuse, mon cher petit homme, si vous veniez me chercher pour courir la campagne avec vous. Cependant, j’avoue que je n’y compte pas, tout en ne pouvant m’empêcher de le désirer beaucoup. Hier vous m’avez abandonnée toute la journée, sous le prétexte de travail et de correspondance. Nous verrons aujourd’hui quelle raison vous prendrez pour me laisser toute seule comme un chien. En attendant, j’empile mes pattes de mouche dans votre poésie et je fais force de plume et d’encre pour arriver sans secours et sans aide jusqu’à la fin de vos deux volumes Danaïde de vers1. J’ai oublié hier de te dire le contenu de la lettre de Mme Luthereau. Parmi toutes les cordialités et ses doléances sur la misère de sa position, elle me dit qu’elle a vu Van Hasselt2 auquel elle a fait part de ton mécontentement pour l’indiscrète publication dont il s’est rendu coupable envers toi. Il paraît qu’il en rejette toute la faute sur Dumas, qui ayant emporté l’album à Paris pour demander des vers à Lamartine, en avait profité pour publier tes vers adressés à son fils sans lui demander, que sa femme et lui, Van Hasselt, en avait été désagréablement surpris, en songeant à la légèreté de ce procédé envers toi et au mécontentement que tu en éprouverais. À cela on peut répondre que M. Van Hasselt aurait dû t’écrire tout de suite pour t’expliquer toute cette aventure et pour s’excuser d’en avoir été la cause involontaire3. Mais je crois que l’homme, puisqu’il n’est pas aussi innocent qu’il le dit, et qu’au fond sa petite vanité de poète belge a été très satisfaite de cette petite publicité, qui constate la cordialité affectueuse dont tu l’honorais avant sa souillure officielle. Quant à moi, je ne l’en absous pas et je t’adore que de plus belle.

Juliette


Notes

1 Les Contemplations paraîtront en deux volumes, « Autrefois » et « Aujourd’hui ».

2 Sur Van Hasselt, voir Jean-Marc Hovasse, Victor Hugo chez les Belges, Bruxelles, Le Cri Édition, 1994, p. 62 et 75.

3 Après la publication intempestive de deux poèmes des futures Contemplations, Victor Hugo écrit à Hetzel le 24 mai : « Il va sans dire que vous envelopperez l’impression du plus grand secret ; vous voyez par la publication des vers à l’enfant de Van H. et à Fr. M. que la moindre épreuve circulant serait à l’instant même déflorée par quelque journal » (Victor Hugo-Pierre-Jules Hetzel, Correspondance, édition de Sheila Gaudon, Klincksieck, 2004,t. II., p. 130). Le premier poème dont le manuscrit est daté de Bruxelles, 16 juillet 1852, est dédié au fils de Van Hasselt, mort en 1850 à l’âge de 5 ans : « Au fils d’un poète » (V, 2). Le deuxième poème dédié au demi-frère de Paul Meurice, mort en 1855, est intitulé « A M. Froment-Meurice » (I, 17).

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle suit Hugo, expulsé de Jersey, à Guernesey.

  • 8 févrierMort d’Abel Hugo (né en 1798).
  • 20 juinFête en l’honneur de Hugo dans son jardin.
    Après la crise de démence de Jules Allix dans la nuit du 10 au 11 octobre, on met fin aux séances de tables parlantes.
  • 17 octobreHugo fait partie des signataires, dans le journal L’Homme, d’une déclaration s’opposant à l’expulsion de trois journalistes.
  • 31 octobreHugo, François-Victor et Juliette quittent Jersey pour Guernesey. Hugo et son fils vont à l’Hôtel de l’Europe. Juliette va au Crown Hotel, puis en location.
  • 9 novembreHugo et les siens s’installent au 20, Hauteville.
  • 14 décembreJuliette vient d’emménager au 8 rue du Havelet, chez Miss Le Boutillier.